Quatre décennies de politiques publiques pour l'Amazonie ont permis une forte croissance des activités économiques. Sous l'impulsion d'un accès facilité par le réseau routier et par les chantiers publics, l'économie régionale s'est développée de façon notable, et ceci dans différents secteurs. L'élevage, que reflète si bien la politique de colonisation défendue par le gouvernement, avec la concession d'avantages fiscaux et de crédits subventionnés aux entreprises, a pris une importance incontournable sur la scène économique nationale. Ainsi par exemple, dans le seul Etat du Pará, le nombre de cheptel bovin dépasse les huit millions de têtes. Au total, la région détient 12% du troupeau bovin national. De plus, l'Amazonie produit déjà 20% de tout le soja brésilien, ce qui a contribué à faire du Brésil le plus grand exportateur mondial de cette céréale. L'avancée de la frontière agricole, surtout par rapport à la production de grains, se fait à une si grande échelle qu'elle amène de nouvelles préoccupations en ce qui concerne les impacts environnementaux sur la région2. L'exploitation minière joue également un rôle de premier ordre. L'exploitation des réserves minières de Carajas (fer, manganèse, bauxite et cuivre) et de Trombetas (bauxite), entre autres choses, s'ajoute à l'exploitation du manganèse de la Serra do Navio, dans l'Amapa3. Pour la période qui nous intéresse, l'Amazonie a accru son exploitation et représente 13% de la production minière brésilienne.
Le recherche d'or, qui sert de soupape de sécurité à des populations de localités où les activités économiques se sont réduites, a eu une grande importance dans l'occupation de l'Amazonie. Même si cette activité est distribuée sur tout le territoire, les chaos de la Serra Pelada au Pará et de Bom Futuro à Rondônia restent des références incontournables. Ces véritables fourmilières humaines, ces zones sont les témoins de la tragédie humaine et environnementale qui se dessinent avec l'occupation désordonnée de la région. La misère, la violence, les maladies et la dégradation de l'environnement en sont les sous-produits.
La Zone Franche de Manaus - ZFM, résultat de l'opération Amazonie qui a démarré avec le Plan Stratégique de Développement en 1967, a fait l'objet d'une intense politique d'avantages fiscaux pendant 30 ans. Avec la nouvelle constitution de 1988, les pressions exercées par les représentants politiques de la région ont permis d'obtenir une survie de 25 ans des avantages fiscaux dont bénéficient les entreprises situées dans cette zone. La forte dynamique enregistrée jusque dans la décennie 1980 a commencé à montrer des signes de fatigue dans la dernière décennie du XXe siècle. Sur un total de 100 mille emplois directs créés jusqu'en 1992, les entreprises de la ZFM en ont supprimé près du tiers4. L'industrialisation de Manaus est polémique du fait d'un caractère de dépendance vis à vis des aides économiques, d'une nature peu autonome face au niveau de nationalisation de la production (cas semblable à celui des maquiladoras au Mexique) et d'être une espèce d'enclave qui a provoqué une forte croissance de la région de Manaus. Néanmoins, il faut mettre au crédit de la ZFM la situation tout à fait particulière de l'Etat d'Amazonas dans le domaine environnemental. En effet, elle a attiré des industries à capitaux qui n'utilisent pas la matière-première de la région, ainsi, à la différence des autres Etats, seul 2% de son territoire à souffert de la déforestation.